HéDDonisme ?

Publié le par Christophe Terral

A l'heure où les "éco-sceptiques" occupent le devant de la scène et alimentent le débat, voici la réfléxion d'un homme,  ingénieur et démographe de formation, sur le développment durable.

Dominique Bidou a acquis la conviction que pour mobiliser nos concitoyens au concept, il ne faut ni leur donner de leçons, ni les culpabiliser, mais leur en donner envie. Ancien directeur au Ministère de l’Environnement, président d’honneur de l’association HQE et actuel président du Centre d'Information et de Communication sur le Bruit (CIDB), il est l’auteur d’un ouvrage sur le développement durable : « Tous gagnants, la dynamique du développement durable », publié aux éditions Ibis Press (2004) et de "Coup de shampoing sur le développement durable", également chez Ibis Press (2007).


Le plaisir, nouvelle valeur durable ?


Est-ce notre culture ? Le plaisir est suspect. Les bonnes choses sont mal vues, il doit y avoir une faute quelque part. Même dans les chansons, le plaisir d’amour est source de chagrin, qui dure en plus toute la vie. Le plaisir est donc bien étranger au développement durable, lequel est souvent présenté dans une approche moralisante, qui suppose que l’on se serre la ceinture, que l’on fasse des sacrifices. C’est le prix à payer pour les excès d’hier, auxquels on a bien du mal à mettre un terme. " Tel qui rit vendredi dimanche pleurera ", le célèbre alexandrin de Racine dans les Plaideurs, résume bien ce sentiment que l’on ne peut avoir de bonheur sans le payer au prix fort. Le développement durable est ainsi pris en otage d’une culpabilité ambiante. Il devient une ascèse, un régime de rigueur. Oui, la rigueur, s’il s’agit d’un mode de pensée, qui s’interdit les impasses et s’efforce d’intégrer tous les acteurs et tous les paramètres. Non si la rigueur est synonyme d’austérité.

Changer de modèle ?

Il faut effectivement changer de modèle de développement, mais pourquoi renoncer au plaisir ? Ne peut-on pas trouver d’autres modes de vie tout aussi riches en émotions, en émerveillements, en sentiment de plénitude ?

Les plaisirs d’aujourd’hui sont souvent liés à la possession d’un bien, à la consommation directe ou indirecte d’espaces, de ressources naturelles. Plus on possède, plus on consomme de biens matériels, plus on est heureux, plus on le montre et plus on en donne envie. Dans un monde en perpétuelle évolution comme le nôtre, ces plaisirs sont souvent éphémères et illusoires. A peine a-t-on accès à un niveau de consommation qu’il faut aller plus loin. Le voisin l’a déjà fait, la publicité et le conformisme ont "ringardisé" ce que je viens juste d’obtenir. Il faut vite profiter de sa fierté, et de son plaisir, ils ne résistent pas longtemps à la marche inexorable du "progrès".

Vers une frugalité heureuse

Comment sortir de cette impasse ? Jean-Louis Etienne nous donne une clé : " Il y a de la jouissance dans la frugalité " (Le Monde daté du 18 décembre 2009). La frugalité n’est pas une privation, elle peut aussi devenir un art de vivre. Un minimalisme qui se cultive et s’enrichit de l’ouverture aux biens gratuits, offerts à tous par la vie en société et par la nature, tels que le cycle des saisons, les rythmes de la nature. Faut-il encore apprendre à les goûter, comprendre leur complexité et savoir y trouver des satisfactions.

La frugalité se cultive, elle a de la valeur et elle en crée. Les sports de nature en témoignent abondamment, mais aussi les sports en chambre, tels que la belotte et la philatélie. Des activités qui provoquent de la passion, de la relation sociale, de la recherche permanente d’amélioration. Tout ça sans consommer beaucoup d’énergie ni de matières premières. Que du sentiment et de la matière grise, pour un maximum d'émotions. Est-ce vraiment de la frugalité ? On peut être exigeant en se contentant de peu, suppléer la quantité et l’illusion de richesse qu’elle procure par de la qualité, signe distinctif autrement plus solide si celle-ci est évaluée à l’aune de valeurs stables. " Il peut y avoir du plaisir à devenir acteur de l’environnement ", poursuit Jean-Louis Etienne. Bien sûr, comme il y a du plaisir à décorer sa maison, à cultiver son jardin, à observer les oiseaux aux premières lueurs du jour, ou encore à mijoter un plat dont vous me donnerez des nouvelles. Autant de plaisirs qui ne s’improvisent pas, qui demandent un savoir faire et des efforts que l’on sera content de fournir si on a trouvé le mode de frugalité qui convient. Chacun sa frugalité, il y en a une multitude de possibles, à confectionner soi-même. Il convient d’être sélectif, et de rechercher l’excellence dans quelques domaines plutôt que de tout attraper, de peur de manquer, et de s’en goinfrer jusqu’à la nausée.

Une autre croissance est possible, comme dit le slogan, celle de l’excellence, de l’ingéniosité, de l’imagination, de la générosité, de l’ouverture et de l’indépendance d’esprit. Des valeurs "durables" sources inépuisables de plaisir.

 

Article extrait du blog de Dominique Bidou : www.db-dd.org link

Une réflexion à méditer comme à partager.

 

Comme en écho, l'approche de Pierre Rabhi vers la "sobriété heureuse", titre de son dernier ouvrage paru aux éditions Actes Sud.

sobriete heureuse

 

 

 

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Publié dans Actu

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