Page blanche
Le blanc est partout.
De la feuille blanche, celle de l'écrivain, du designer ou du journaliste en panne d'idées et de mots, à la carte blanche laissée à l'architecte ou au décorateur, même si parfois leurs concepts peuvent nous sembler cousus de fils blancs alors que leurs honoraires eux, nous saignent à blanc.
Sans parler de toutes ces boutiques, où il faut montrer patte blanche à grand renfort de carte bleue en évitant de se faire trop de cheveux blancs pour notre compte en banque. Au final, après avoir été chauffé à blanc, le teint couleur cachet d'aspirine, on repart en se disant que méridienne ou dormeuse, c'est bonnet blanc et blanc bonnet.
Et pourtant.
Si notre langue se joue du blanc et nos conversations le redoutent – ah ! l'angoisse soudaine du blanc où les anges ne font heureusement que passer d'un battement d'ailes… blanches – la décoration intérieure en a fait ses choux gras, là où d'autres couleurs persistent à faire chou blanc.
Depuis toujours en vogue, le blanc a ses périodes et ses aires de prédilection.
L'Europe du Nord, référence dans l'art du design, l'a depuis longtemps adoubé comme couleur maîtresse. A cause de son climat ? Ou plus simplement parce que le blanc se prête à toutes les harmonies et à tous les métissages ?
© Dulux Valentine
Mariages blancs
Blanc optique, blanc de craie ou blanc de lait, blanc de zinc ou de titane, blanc d'argent et blanc d'azur, céruse ou blanc de plomb, ses nuances et déclinaisons sont infinies. Il n'est qu'à effeuiller les échantillons de couleurs des nuanciers de peintures en vogue pour s'en rendre compte. Chez Farrow and Ball (www.farrow-ball.com), ils se rangent dans la gamme des neutres, quand ils inspirent le créateur Philippe Model chez Ressource (www.ressource-peintures.com) pour sa collection Sérénité ou s'étalent en mat profond et velouté chez Argile (www.argile-peinture.com), dans une gamme de 128 teintes imaginées par Pierre Bonefille, inspirées des couleurs de la terre, des sables et des roches.
Lotus Papers - © Farrow and Ball
Blanc is back
(Le blanc est de retour)
Couleur phare des années 80, où elle est indissociable du noir, sa version côté obscur de la Force (merci Star Wars), le blanc fait les grandes heures d'architectes et de designer de renom, Andrée Putman et Philippe Starck notamment. De là peut-être, cette fausse idée d'une couleur froide, sans âme et impersonnelle. Trop rigide, trop stricte.
Mais depuis la fin des années 90, le blanc signe (cygne ?) son grand retour.
Et il n'a plus rien de très blanc, ce blanc nouvelle génération.
Il se pare d'or ou d'argent, se trame d'éclaboussures colorées et de transparences cristallines ou irisées, courtise les gris et les beiges, les crèmes et les jaunes, il se souille et se salit. Il cherche sa place entre tendances Néo Gothique, Perspectiviste ou Métropuritaine, mises en évidence par l'agence de style Nelly Rodi pour 2009.
Votez blanc !
Pour Vincent Grégoire, Directeur de son département "art de vivre", le mot d’ordre est à la "simplexité", une fusion entre des données paradoxales qui laisse place à "l’art du twist", fil conducteur des tendances Art de Vivre 2009. "Les consommateurs adoptent une attitude double faite de télescopages. Elle met en avant le décalage et le paradoxe, avec au centre, une notion majeure, celle du twist et sa cohorte de distorsions : il s’agit de retoucher, de rectifier, de détourner, de réinterpréter, de faire fusionner, et de réinventer ce qui existe déjà", indique Vincent Grégoire. Preuve que le blanc a toute sa place au milieu de ce grand charivari, où ordre et pagaille parlent de nos vies bousculées.
Pages blanches
Peur d'échouer ? N'ayez crainte. Le blanc gomme toutes les erreurs – ou presque. Et si l'inspiration vous manque à l'heure d'écrire vos premières pages déco, plongez tout droit dans l'univers laiteux de l'incontournable designer britannique de renommée internationale, Kelly Hoppen (www.kellyhoppenretail.com), grande prêtresse du blanc, pour y puiser des idées souvent simples, mais à l'opulente richesse.
Et offrez-vous sa dernière bible : A l'école de Kelly Hoppen, Editions du Chêne, collection Maisons et jardin, 29,90 €.
Le blanc, partout dit la pureté et l'innocence
Extrait du livre illuminé de Michel Pastoureau et Dominique Simonnet, Le petit livre des couleurs, paru en format poche aux Editions du Panama (Seuil, 2005), compilation de textes publiés sous forme de feuilleton par l'hebdomadaire L'Express en juillet et août 2004.
Ce cliché-là a la vie dure : " Le blanc ? entend-on fréquemment. Mais ce n'est pas une couleur !" Il est vrai que ce pauvre blanc peine à être reconnu à sa juste valeur, et que, de tous temps, il fut l'objet d'une incroyable intransigeance. Car on n'est jamais content de lui, on lui en demande toujours davantage, on le veut "plus blanc que blanc" ! Pourtant, cette couleur-là est sans doute la plus ancienne, la plus fidèle, celle qui porte depuis toujours les symboles les plus forts, les plus universels, et qui nous parle de l'essentiel : la vie, la mort, et peut-être aussi – est-ce la raison pour laquelle nous lui en voulons tant ? – un peu de notre innocence perdue. Pour nos ancêtres, il n'y avait pas de doute : le blanc était une vraie couleur (et même l'une des trois couleurs de base du système antique, au même titre que le rouge et le noir).
Photographie de Sylvain Lagarde - Tous droits réservés - link
Le grand Blanc
"Le blanc a le son d'un silence que tout à coup nous pouvons comprendre."
Dans nos sociétés polluées par trop de bruit, trop de messages, commerciaux ou non – nous sommes exposés en moyenne à pas moins de 15 000 stimuli commerciaux par jour - les mots du peintre russe et fondateur de l'art abstrait Vassili Kandinski résonnent de sens. Apprendre à se taire, à écouter, à regarder. Apprendre à respirer. Apprendre à prendre le temps.
Quoi de mieux que le Blanc pour nous y inviter ? Non couleur pour les uns, couleur ultime pour les autres, le Blanc est un monde à lui seul. Abîmes de blancs…
Neige ou nuage, mode et déco, beauté ou santé, il n'est rien qu'il ne puisse habiller de ses harmonies laiteuses. Raison de plus pour lui consacrer ce billet. Symbole de vie – ou de mort et de deuil dans la symbolique asiatique - il se décline à l'infini, en variations chromatiques vertigineuses. Nul hasard donc s'il reste un incontournable "basique" depuis des générations.
Mais que raconte-t-il à nos vies bousculées ? Il nous parle de lenteur et d'enveloppement, de douceur et de gestes tendres, de pureté et de spiritualité, de paix et d'innocence. Drapé dans son grand linceul virginal, le Blanc cristallise les promesses à venir, le champ de tous les possibles à inventer ensemble.
